Le Horla au Théâtre Michel

« J’aime ma maison où j’ai grandi. De mes fenêtres, je vois la Seine qui coule, le long de mon jardin, derrière la route, presque chez moi, la grande et large Seine qui va de Rouen au Havre, couverte de bateaux qui passent … »

La première page de la nouvelle de Guy de Maupassant ne saurait dévoiler paysage et atmosphère plus bucoliques …

Pourtant quelques pages plus loin la situation de notre narrateur semble avoir bien changé: …

« …Donc, je faisais semblant d’écrire, pour le tromper, car il m’épiait lui aussi ; et soudain, je sentis, je fus certain qu’il lisait par-dessus mon épaule, qu’il était là, frôlant mon oreille.

Je me dressai, les mains tendues, en me tournant si vite que je faillis tomber. Eh bien ?… on y voyait comme en plein jour, et je ne me vis pas dans ma glace !… Elle était vide, claire, profonde, pleine de lumière ! Mon image n’était pas dedans… et j’étais en face, moi ! Je voyais le grand verre limpide du haut en bas. Et je regardais cela avec des yeux affolés ; et je n’osais plus avancer, je n’osais plus faire un mouvement, sentant bien pourtant qu’il était là, mais qu’il m’échapperait encore, lui dont le corps imperceptible avait dévoré mon reflet… »

Situation dont l’horreur ne fera qu’augmenter au fil des pages :

Quelle joie ! Je le tenais ! Alors, je descendis, en courant ; je pris dans mon salon, sous ma chambre, mes deux lampes et je renversai toute l’huile sur le tapis, sur les meubles, partout ; puis j’y mis le feu, et je me sauvai, après avoir bien refermé, à double tour, la grande porte d’entrée. Et j’allai me cacher au fond de mon jardin, dans un massif de lauriers. Comme ce fut long ! comme ce fut long ! Tout était noir, muet, immobile ; pas un souffle d’air, pas une étoile, des montagnes de nuages qu’on ne voyait point, mais qui pesaient sur mon âme si lourds, si lourds.

Je regardais ma maison, et j’attendais. Comme ce fut long ! Je croyais déjà que le feu s’était éteint tout seul, ou qu’il l’avait éteint, Lui, quand une des fenêtres d’en bas creva sous la poussée de l’incendie, et une flamme, une grande flamme rouge et jaune, longue, molle, caressante, monta le long du mur blanc et le baisa jusqu’au toit. Une lueur courut dans les arbres, dans les branches, dans les feuilles, et un frisson, un frisson de peur aussi. Les oiseaux se réveillaient ; un chien se mit à hurler ; il me sembla que le jour se levait ! Deux autres fenêtres éclatèrent aussitôt, et je vis que tout le bas de ma demeure n’était plus qu’un effrayant brasier. Mais un cri, un cri horrible, suraigu, déchirant, un cri de femme passa dans la nuit, et deux mansardes s’ouvrirent ! J’avais oublié mes domestiques ! Je vis leurs faces affolées, et leurs bras qui s’agitaient !…

 

J’arrête là mes citations même si l’envie me taraude de vous transcrire l’intégralité de cette nouvelle de Guy de Maupassant qui reste l’un des textes emblématiques du récit fantastique français.

C’est le comédien Florent Aumaitre qui interprète ce personnage principal qui sombrera peu à peu

Dans la folie ? Peut-être. Mais peut-être pas (et le doute persistera jusqu’à la fin du roman)…

Ce Horla, être surnaturel qui le hante, existe-t-il vraiment ou seulement dans l’esprit torturé de cet homme pourtant doté d’un esprit fort rationnel ?

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Florent Aumaitre, seul sur scène, porte la pièce à lui tout seul …

Dans une mise en scène remarquable de Slimane Kacioui, le comédien nous montre tout son talent.

En se confiant jour après jour à son journal intime, il partage avec les spectateurs la déchéance psychique de cet homme.

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Ai-je perdu la raison ? Ce qui s’est passé la nuit dernière est tellement étrange que ma tête s’égare quand j’y songe… (Le Horla de Guy de Maupassant)

 

La salle intimiste du Théâtre Michel est tout à fait propice à l’atmosphère induite par ce genre de pièce. On est à deux doigts de « sentir » la présence du Horla nous aussi …

Etant donné que le HORLA fait partie de la fameuse liste des oeuvres incontournables qui doivent être étudiées pendant la scolarité – parole de prof ! – je partage tout à fait le point de vue de Sabrina du blog Tu Paris combien qui recommande vivement d’inviter vos ados à vous accompagner.

Une excellente « première approche » en effet, d’autant que la pièce se joue en tout début de soirée à 19h et qu’elle n’est pas trop longue.

Vous avez jusqu’au 6 mai pour y aller !

Infos Pratiques :

Le HORLA de Guy de Maupassant 

Théâtre Michel – 38, rue des Mathurins – 75008 Paris .

Réservez vos places  ICI ou par téléphone au 01 42 65 35 02

Du 7 mars 2017 au  6 mai 2017

 les mardis et mercredis à 19h

dates supplémentaires : samedi 25 mars à 16h30 – dimanche 26 mars 17h00

jeudi 4, vendredi 5 et samedi 6 mai à 19h00

Tarifs:  Catégorie 1 : 25€ – Catégorie 2 : 15€- Rangée OR ( rangs 4 à 8 ) : 28€

Offre découverte sur tout le mois de mars : -30% !

6 réflexions au sujet de « Le Horla au Théâtre Michel »

    1. C’est vrai que la pièce – et la façon dont le comédien se l’approprie – valent vraiment le détour !
      Nous avons passé un très bon moment !
      Merci à toi de passer par Zenitude et bon début de semaine !

      J'aime

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