21 rue la Boétie au Musée Maillol…

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L’exposition 21 rue La Boëtie retrace le parcours singulier de Paul Rosenberg (1881-1959), qui fut l’un des plus grands marchands d’art de la première moitiédu XXe siècle.

Elle rassemble une soixantaine de chefs-d’œuvre de l’art moderne (Pablo Picasso, Fernand Léger, Georges Braque, Henri Matisse, Marie Laurencin…), pour certains inédits en France et bénéficie du soutien actif d’Anne Sinclair, auteur du livre éponyme 21 rue La Boétie et petite-fille de Paul Rosenberg.

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Marie Laurencin (1883-1956) Anne Sinclair à l’âge de quatre ans 1952, Huile sur toile, 27 x 22 cm Collection particulière © Fondation Foujita / ADAGP, Paris, 2016

 

Marchand d’art passionné, homme d’affaires avisé et amateur éclairé, Paul Rosenberg fut l’ami et l’agent des plus grands artistes de son temps, qui allaient devenir des maîtres incontestés de l’art moderne.

Histoire de l’art, histoire sociale et politique: 

L’exposition met en lumière un moment crucial du XXe siècle, dont Paul Rosenberg fut le témoin emblématique, à la fois acteur et victime.

La carrière de Paul Rosenberg permet d’appréhender sous un prisme nouveau le double tournant, dans l’histoire de l’art, que représentent l’émergence de l’art moderne, puis, dans la tourmente de la Seconde Guerre mondiale, le déplacement du centre mondial de l’histoire de l’art de Paris vers New York, en pleine crise de la Seconde Guerre mondiale.

Une exposition déclinée en 6 sections

SECTION 1 – LA NAISSANCE D’UNE GALERIE

« J’ouvre prochainement de nouvelles galeries d’Art moderne, 21, rue La Boétie, où je compte faire des expositions périodiques des Maîtres du XIXe et des peintres de notre époque. J’estime toutefois que le défaut des expositions actuelles est de montrer isolément l’œuvre d’un artiste. Aussi ai-je l’intention d’organiser chez moi des expositions d’ensemble d’Art décoratif. Bien des personnes, qui ne sont pas assez sûres de leur goût ou du goût des Artistes, pris séparément, verraient leur tâche facilitée en jouissant d’un coup d’œil d’ensemble de l’étroite réunion de tous les Arts dans l’atmosphère d’une habitation privée. » Paul Rosenberg, environ 1914

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Pablo Picasso (1881-1973), Portrait de Paul Rosenberg, 1918-1919, Mine de plomb sur papier, 35,6 x 25,4 cm, Collection particulière. © Succession Picasso 2016 © Photo: Studio Sebert / Galerie Troubetzkoy

 

Fils du marchand Alexandre Rosenberg, Paul Rosenberg ouvre sa propre galerie, en 1910, au 21 rue La Boétie à Paris. Cette galerie mythique servira de pivot à la peinture moderne, en France, et plus largement en Europe et aux États-Unis.

À cette même époque s’esquissent les prémices de sa collaboration avec Pablo Picasso qui donnera lieu à une vraie relation d’amitié.

SECTION 2 – PASSEUR DE MODERNITÉ

Paul Rosenberg s’inscrit résolument dans le modernisme, dont il devient un acteur de premier plan en faisant le choix de l’avant-garde (dans les limites de ses propres goûts car il ne s’intéressera guère aux Surréalistes).

En soutenant les artistes qu’il définit comme des « créateurs » , Paul Rosenberg s’est considéré toute sa vie comme « un passeur » de cette modernité.

« Les peintures en avance sur leur époque n’existent pas. C’est le public qui est parfois à la traîne de l’évolution de la peinture…»  Anne Sinclair, 21 rue La Boétie, Paris, Bernard Grasset, 2012, (p. 106-107)

SECTION 3 – LE SYSTÈME ROSENBERG : Paul Rosenberg, l’un des marchands les plus influents de son temps.

La méthode Rosenberg mise en évidence dans cette section reflète, par effet miroir, ce qui constitue les fondements du métier de marchand d’art:

  • il mise sur les « valeurs sûres » de l’art moderne, tout en rassurant la clientèle qui a besoin de l’être par un choix d’œuvres de maîtres du XIXe siècle
  • il tisse un réseau de clients fortunés, tant européens qu’américains : il est parmi les premiers à avoir compris l’importance du marché américain, se rend régulièrement aux États-Unis, où il fonde en 1923 une société commerciale avec Georges Wildenstein…

     

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    Alfred Sisley, La route de Versailles, 1875, Huile sur toile, 47 x 38 cm, Musée d‘Orsay, Paris. – Photo © RMN-Grand Palais (musée d’Orsay) / Hervé Lewandowski/Service presse Musée d’Orsay

     

« Imaginez, racontait un grand journal californien dans les années quarante, être capable d’entrer dans le studio de Matisse ou de Picasso deux fois par an, de regarder quarante de leurs meilleures toiles et dire “je les prends toutes” ! Jusqu’à la guerre, c’est ce que faisait Paul Rosenberg. »   Anne Sinclair, 21 rue La Boétie, Paris, Bernard Grasset, 2012, p. 105.

SECTION 4 – L’ASSAUT SUR L’« ART DÉGÉNÉRÉ »

Conséquence de la politique menée par les nazis contre l’art moderne dit dégénéré : la vente de Lucerne de 1939.

Dans cet espace, sur des thématiques similaires, les tableaux modernes, « dégénérés », acquis par la Ville de Liège lors de la vente de Lucerne, sont confrontés à des œuvres de peintres allemands qui s’inscrivent dans l’esprit de ce retour à la tradition germanique porté par les nazis.

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Georges Braque (1882-1963), Nu couché, 1935, Huile sur toile, 114,3 x 195,6 cm, Collection David Nahmad, Monaco. © ADAGP, Paris 2016/ © Photo: Collection David Nahmad, Monaco

Une confrontation esthétique, historique et culturelle qui donne à voir deux visions du monde diamétralement opposées.

SECTION 5 – L’OCCUPATION ET L’EXIL, 1940-1945

Partant de la France occupée, le visiteur suivra pas à pas l’exil de Paul Rosenberg, de Paris à New York en passant par Bordeaux, d’où il parvient à s’échapper avec sa famille grâce aux visas délivrés par le consul général portugais Aristides de Sousa Mendes.

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Pablo Picasso (1881-1973), Baigneur et baigneuses (Trois baignants), 1920-1921, Huile sur toile, 54 x 81 cm Collection David Nahmad, Monaco. © Succession Picasso © Photo: Collection David Nahmad, Monaco

 Avant d’embarquer pour l’Amérique, Paul Rosenberg pense avoir mis en sécurité une partie de ses tableaux (dont la Nature morte à la cruche et Baigneur et baigneuses de Picasso) en lieu sûr dans un coffre-fort à Libourne mais celui-ci sera pillé par les soldats allemands… 

Progressivement un basculement du centre de gravité du marché de l’art de Paris vers New York s’opère à cette période…

Et Paul Rosenberg ouvre sa galerie au 79 East 57th Street à New York en 1941…

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Pablo Picasso, Pichet et coupe de fruits, 11 Février 1931, Huile sur toile, 131 x 196 cm, Collection David Nahmad, Monaco. © Succession Picasso 2016 © Photo : Collection David Nahmad, Monaco

SECTION 6 – LA LIBÉRATION ET LE COMBAT POUR LA RÉCUPÉRATION

Paul Rosenberg accourt dès 1946 des Etats Unis pour récupérer ses œuvres volées…

L’histoire rocambolesque de la découverte par le lieutenant Alexandre Rosenberg, fils et futur successeur de Paul, de plusieurs dizaines d’œuvres de la collection de son père dans un train allemand saisi par son unité au nord de Paris, ouvre cette section…

Robe bleue dans un fauteuil ocre de Henri Matisse est un exemple du trajet parfois sinueux que peut emprunter une œuvre:

La toile fut achetée par Paul Rosenberg au peintre en 1937, volée par les nazis quatre ans plus tard dans le coffre-fort de Libourne et destinée à la collection particulière de Göring, achetée dans l’après-guerre par l’armateur norvégien Niels Onstad au marchand parisien Henri Bénézit et installée enfin au Centre d’Art Henie-Onstad (HOK) dans la banlieue d’Oslo avant d’être finalement restituée àla famille Rosenberg en 2012.

 

La scénographie de l’exposition 21 rue La Boétie proposée par Hubert Le Gall intègrera des films et des dispositifs immersifs qui permettront de comprendre ce volet majeur de l’histoire de l’art au XXe siècle.

Quelle chance que cette expo absolument incontournable s’installe dans notre espace culturel parisien!

On ne peut que remercier vivement ©Tempora et Culturespaces partenaires du Musée Maillol ainsi bien sûr qu’Anne Sinclair, auteur du livre éponyme 21 rue La Boétie (paru en 2012 aux Editions Grasset & Fasquelle).

Photo de Une : Marie Laurencin (1883-1956), Anne Sinclair à l’âge de quatre ans, 1952, Huile sur toile, 27 x 22 cm Collection particulière © Fondation Foujita / ADAGP, Paris, 2016

Infos pratiques

21 rue La Boétie  d’après le livre d’Anne Sinclair

2 mars – 23 juillet 2017

Musée Maillol – 61 rue de Grenelle – 75007 Paris – Tél : +33(0) 1 42 22 57 25

Métro : Rue du Bac, ligne 12. Bus n° 63, 68, 69, 83 et 84.

Le musée est ouvert tous les jours en période d’exposition temporaire, de 10h30 à 18h30.

Nocturne le vendredi jusqu’à 21h30.

Plein tarif : 13 € Tarif réduit : 11 €

 

 

6 réflexions au sujet de « 21 rue la Boétie au Musée Maillol… »

  1. J’attends cette expo avec impatience tout comme l’ouverture du musée Maillol qui est sublime.
    Hier justement je lisais des articles à propos d’Anne Sinclair, j’a découvert beaucoup de choses sur cette femme.
    Et cette découverte par le fils dans un train allemand des ouvres de son père c’est ouf quand même.
    Bonne journée Béatrice
    Bisous

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